De Bogota à Carthagena en passant par Barranquillas

Plus d’une centaine d’Ombudspersons, de médiateurs et de Personerias de Colombie et des personalités venues du Mexique, d’Argentine, d’Espagne, des Pays-Bas et de France ont contribué du 7 au 8 septembre 2026 à l’Appel d’Angers dans le cadre de la préparation aux rencontres de l’AGOL et de FENALPER.
Organisés autour de la méthode « Du défi à l’engagement », les travaux ont permis de faire émerger des propositions concrètes autour de trois thématiques : les droits humains et l’éducation, l’éthique de la médiation et le genre, ainsi que les droits socioenvironnementaux.
Prévenir plutôt que subir les conflits

Les échanges ont souligné que la médiation ne doit pas intervenir uniquement lorsqu’un conflit est déjà installé. L’éducation aux droits humains, la connaissance des institutions et le développement des capacités citoyennes constituent des leviers essentiels pour prévenir les tensions et permettre aux personnes de rechercher plus tôt des solutions adaptées.
Les participants ont notamment proposé de renforcer les partenariats avec les écoles et les universités, de développer des formations pour les leaders communautaires et de créer une ligne d’échange de l’AGOL sur l’éducation, les droits humains et la médiation.
La transformation numérique a également été identifiée comme un enjeu majeur. Face à l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans les administrations publiques, les défenseurs des droits doivent pouvoir comprendre, contrôler et contester les décisions automatisées susceptibles d’affecter les personnes. Dans ce cadre, l’initiative OmbudsLab pourrait devenir un espace d’innovation, de formation et d’expérimentation pour les institutions de garantie.


Éthique, égalité et prise en compte du genre
La deuxième table a interrogé les principes traditionnels de neutralité et d’impartialité. Les participants ont rappelé qu’une égalité strictement formelle ne suffit pas lorsque les parties ne disposent pas des mêmes ressources, informations ou capacités de négociation.
La médiation doit donc pouvoir reconnaître les asymétries de pouvoir, notamment celles liées au genre, sans pour autant abandonner le rôle impartial du médiateur. Les propositions formulées portent notamment sur :
- l’analyse préalable des rapports de pouvoir et des inégalités de genre ;
- la mise en place de garanties permettant une participation libre et effective ;
- le renforcement de la formation des médiateurs ;
- le partage de cas et de bonnes pratiques au sein de l’AGOL ;
- l’élaboration de recommandations internationales sur l’éthique, l’équité et le genre dans la médiation.
Les limites de la médiation socioenvironnementale

Les conflits socioenvironnementaux ont constitué le troisième axe de travail. Ils impliquent souvent des communautés, des entreprises, des autorités publiques et d’autres acteurs qui ne disposent ni des mêmes informations, ni des mêmes ressources, ni du même pouvoir d’influence.
La médiation peut faciliter le dialogue, mais elle ne constitue pas une réponse automatique. En présence de violences, de menaces, d’intimidations, de risques graves ou d’une absence de consentement libre, préalable et éclairé, d’autres mécanismes — juridiques, administratifs, conservatoires, de protection ou de réparation — doivent pouvoir être mobilisés.
Les participants ont également insisté sur un principe essentiel : aucun accord ne peut légitimer une violation des droits humains, collectifs ou environnementaux, ni retarder la mise en œuvre de mesures urgentes de protection.
Parmi les pistes proposées figurent la création d’une base de connaissances de l’AGOL, le développement d’une coopération sur les migrations climatiques, l’élaboration d’un « décalogue » des principes et lignes rouges de la médiation socioenvironnementale et la mise en place d’un programme de reconnaissance des bonnes pratiques des entreprises.
Vers un agenda commun
Les trois tables convergent sur une même ambition : faire de la médiation un outil au service de la protection des droits, et non un mécanisme qui se substitue aux responsabilités institutionnelles.
Les contributions de Bogotá ouvrent plusieurs chantiers pour l’AGOL :
- renforcer la prévention par l’éducation aux droits humains ;
- développer des formations et des échanges entre pairs ;
- intégrer davantage les enjeux de genre et les asymétries de pouvoir ;
- définir des critères communs pour évaluer les conditions d’une médiation ;
- construire des références partagées pour les conflits socioenvironnementaux ;
- accompagner les transformations numériques en maintenant les droits et la supervision humaine au centre.
La rencontre de Bogotá marque ainsi une nouvelle étape vers un agenda commun de l’AGOL sur la médiation. L’objectif n’est pas d’imposer un modèle unique, mais de relier les expériences locales, de produire des connaissances partagées et de transformer les enseignements des territoires en outils concrets pour mieux prévenir les conflits et protéger les droits.

