Partage d’expérience (1)

Hier matin, le jeudi 28 janvier 2021, l’INNÉ a accueilli Iris, élève-avocate, pour initier un moment de partage autour de son expérience au sein des peuples autochtones d’Equateur (Zapara et Quechua).

Notre intention était de partager un moment libre pour ressentir la puissance de ces expériences et ce moment nous a mené à nous questionner sur leur transmission au sein de nos vies civilisées.

La présentation s’est enrichie des expériences qu’ont pu vivre plusieurs membres de l’INNÉ : Ana Rachel nous a parlé des peuples et communautés du Brésil et de Guyane, Guy nous a apporté deux visions de la relation Nature-Humain au Cameroun (fusion ou domination par les initiés de la forêt), Ajay qui revenait de 6 semaines de travail d’agriculture traditionnel sur ses terres de l’Est de l’Himalaya a éclairé la question de l’héritage, Christoph a partagé ses expériences en Inde et en Chine…

Héritage, déconnexion… Quelques termes sont apparus et ont lancé le mouvement pour poursuivre sur ce chemin. D’autres moments seront organisés dans la continuité afin d’aller un peu plus loin sur ces questions qui unissent la planète aux humains.

Ainsi se partagent et se construisent les principes de la négociation écologique

Nature-Humains : éclairer l’intention des décideurs et investisseurs

L’humanité commence à prendre conscience que sa survie est liée au bien-être et à la santé de la planète, de sa biodiversité, de ses écosystèmes terrestres et marins… Il devient nécessaire de repenser l’humanité en tant qu’un élément du Tout. Quelle place prend-elle actuellement ? Comment évolue-t-elle ? Vers où veut-elle aller ?

Cette prise de conscience a provoqué un frein des quatre fers. L’épidémie manifestée au niveau global a été l’occasion de s’arrêter et de repenser à notre place et aux liens que nous tissons avec notre environnement direct, notre alimentation et plus largement avec le monde vivant, la nature (biodiversité, écosystèmes)… Nous entrons en 2021 avec un grand rassemblement virtuel pour se poser la question de la place à donner à la biodiversité. Le One Planet Summit qui s’est tenu le 11 janvier 2021 n’est pas une négociation internationale. Il s’agit d’une coalition, c’est-à-dire un rassemblement d’acteurs prêts à s’engager pour une même cause, ici, la biodiversité. Des milliards de dollars vont être déversés pour cette cause, devenue une priorité. La France a pris la tête de cette coalition. Des représentants d’Etats, de banques, d’ONG sont venus mettre sur la table les moyens, principalement financiers, qu’ils estiment être nécessaires pour « résoudre le problème de la biodiversité ».

A l’image de la cause climatique, il s’agissait aussi d’offrir à la biodiversité une place centrale. C’est chose faite. Mais la question de la biodiversité ne peut pas se résoudre comme celle du climat. Le réchauffement s’évalue en degré. Le marché repose sur le crédit carbone.. Bien que de nombreuses questions techniques soient encore en suspens, avec le climat, l’humain et son modèle économique ont réussi à se positionner pour agir collectivement et globalement grâce à des bases communes et des procédés standardisables. Cependant, avec la biodiversité, il va falloir approfondir la démarche avec beaucoup plus de spécificité car comme son nom l’indique, nous traitons un sujet composé d’une diversité d’éléments incomparables, présents de manière épars et déséquilibrés sur la planète. Il y a des espèces emblématiques (comme les lions, les éléphants, les baleines) et la biodiversité ordinaire. Il y a des espèces parapluies, d’autres invasives… Tant de catégories, d’enjeux, d’idéaux… Et quoiqu’il en soit, pour chacune de ces catégories, il s’agit d’une problématique endémique. Le marché est inexistant, il n’y a pas de valeur commune et les impacts directs ou indirects sont difficiles à évaluer en terme de capital naturel car nous n’en connaissons pas la « valeur ». L’outil des évaluations d’impact avec le volet biodiversité existe de longue date (cf ma thèse sur la négociation écologique en droit des études d’impact environnemental). Des outils, des méthodes, des procédures ont été développés et la surveillance de la biodiversité et les nouvelles technologies pour améliorer le travail des écologues trouve un marché intéressant (capteurs, cameras…) (j’ai été responsable du service R&D et innovation d’un bureau d’étude en ingénierie écologique spécialisé sur les projets d’énergie renouvelables). Nous savons de mieux en mieux observer, et nous tentons de comprendre le monde vivant. Nous tentons autant que possible de limiter nos impacts… Mais nous (humain), nous sommes capables de mesurer nos impacts locaux, ceux des projets et programmes d’un territoire bien défini. Nous avons du mal à évaluer les impacts indirects, diffus, mais nous y travaillons. Nous sommes capables d’offrir non pas une vérité mais une estimation. Et nous ne sommes pas capables de réparer nos impacts. Nous sommes capables de restaurer, nous tentons de conserver mais nous sommes loin d’être Dieu. Nos actions négatives ont des impacts quoiqu’il en soit… Et la compensation environnementale n’est pas un outil satisfaisant. Un exemple simple : on ne compense pas la destruction d’une forêt centenaire en replantant de jeunes pousses d’arbres. Là, on créé un champ d’arbres… c’est différent.

Une question que je m’étais posée déjà à l’époque était celle de mesurer nos impacts globaux. J’étais tombée sur les travaux de la CDC-biodiversité et du global biodiversity score.. Voilà, on y est, les humains se dotent des instruments, outils et méthodes qui lui permettront d’évaluer leurs impacts au niveau global… Mais voilà le problème où nous nous trouvons. Devons-nous financer nos erreurs et financer leur réparation en flux tendu ? ou devons-nous financer nos vertus et changer de cap pour permettre à la biodiversité de produire ses bienfaits et se régénérer ?

Au One Planet Summit, lors du Forum de l’investissement sur la Grande Muraille Verte, les Etats et entités présentes ont dit être prêtes à financer ce projet à hauteur de 10 milliards d’euros. Beaucoup d’argent a permis de financer des projets sur les forêts dans le cadre de la finance climat. Au départ, l’idée était de regarder uniquement comment financer des projets forestiers qui étaient considérés comme des puits de carbone. Mais la question des projets fléchés avec un objectif précis peut s’avérer être un danger pour les équilibres vivants, les populations locales, l’organisation de la vie autour de la ressource. Comme le disait récemment M.Barbut, les premiers programmes REDD ont alors du évoluer en projet REDD+ puis REDD++ pour s’ouvrir à la question de la complexité et des interrelations avec la biodiversité puis avec les communautés locales. Une forêt est vivante, constituée d’individus qui apparaissent les uns après les autres au gré des conditions favorables et des expériences… des écosystèmes, des interdépendances se créent. Les humains, les peuples racines s’adaptent à ce mouvement de vie. Ils consomment ce dont ils ont besoin pour leur survie… Ils respectent des cycles, se soumettent à des lois universelles, sont à l’écoute des équilibres..

Cette question revient à poser la question des aires protégées marines et terrestres. Le One Planet Summit a rappelé cet objectif d’atteindre les 30% d’aires protégées marines et terrestres (dont 10% de protection stricte). Mais encore une fois, il s’agira là aussi de veiller à ce que chaque projet soit adapté à ses problématiques particulières. L’IUCN définit 6 types d’aires protégées (comme les Parcs Nationaux). Chaque catégorie relève de problématiques propres notamment en matière de gouvernance. Les retours d’expérience sur la manière de mener à bien des projets de conservation de la Nature montrent que ces projets ont souvent causé plus de problèmes qu’ils n’en n’ont résolu (augmentation de la pauvreté des populations locales qui n’ont plus accès aux ressources, militarisation de certaines zones de protection, création d’un tourisme d’élites pour découvrir une nature « sauvage »…) Beaucoup de biais en fonction des projets. Les logiques d’exclusivité, de retour à une nature vierge sont une vision, il y en a une pluralité d’autres. Les projets les mieux dotés sont semblent-ils ceux qui arrivent à atteindre des objectifs de conservation intéressant. Un webinaire d’experts sur les stratégies de conservation de la biodiversité en Afrique organisé par le CIRAD auquel j’ai assisté fin 2020 mettait en évidence l’importance de bien considérer la question des problématiques locales, endémiques à chaque projet d’aire protégée. Rappelons qu’en Afrique, il y a 8500 aires protégées et qu’aux côtés des grands parcs souvent évoqués, il y a de nombreuses aires protégées de petites tailles (communautaires, etc.) qui ne sont pas onéreuses…

Concernant le financement pur de cette mesure, selon Julien Calas, « Waldron et al estiment de 103 à 178 milliards de dollars les besoins budgétaires en 2020 pour atteindre la cible de 30% d’aires protégées considérant que dans l’état actuel, les ressources financières des AP existantes sont déjà insuffisantes ». Ces besoins considérables en matière de financement pose sur la table la question qui s’était déjà posée au sujet de la finance climatique : qui doit payer ? Les fonds publics ou le secteur privé ? Souvent à défaut de fonds publics, les aires protégées sont prises en charge par le secteur privé, notamment des ONG de conservation…

La question de la définition de la finance verte ou « finance climatique » est restée en suspens lors de la COP25 et aurait du être éclaircie lors de la COP défaillante de 2020. Mais ce qui est clair, c’est que la coalition étant composée d’acteurs publics et privés, elle règle le doute sur l’origine des fonds pour la biodiversité. On parle de « blended finance », c’est-à-dire « l’utilisation stratégique de financement du développement et des fonds philanthropiques pour mobiliser les flux de capitaux privés vers les marchés émergents, engendrant des résultats positifs pour les investisseurs et les communautés touchées ». Le problème de ce type de financement peut se poser en termes éthique. Financer des projets ou des Start up pour de l’innovation a tout va, promouvoir l’emploi, l’agro-écologie dans le but de générer de l’activité économique, voici bien un programme qui va à l’encontre du discours écologique. Se pose ici un problème d’intention. Pourquoi finance-t-on la biodiversité : pour générer de l’activité économique ou pour résoudre l’équilibre écologique global ? Voici donc une question qu’il s’agira de se poser autant de fois que nécessaire au vu de la déferlante de financements et d’investissements qui va soudainement s’abattre sur la cause « biodiversité ».

Par ailleurs, n’oublions pas que dans une logique « projet », les bailleurs sont dans une logique des financements sur 3-4 ans, alors que l’aménagement du territoire, la concertation entre acteurs, la prise en main par les acteurs locaux de leur problématique et des enjeux qui sont les-leurs est une problématique de long terme. N’oublions pas non-plus que déforester d’un côté et planter des arbres d’un autre n’est pas une compensation équivalente…

Restera la question de la transparence qui sera au centre du travail mis en place par la « Task force sur la Financial disclosure » c’est-à-dire tout ce qui concerne la transparence sur les impacts des entreprises financières sur les questions de biodiversité; et sur comment les banques et assurances vont mesurer l’impact de leurs actions en matière de biodiversité.

Je pourrais encore parler des heures mais au final, où en sommes-nous ? L’humanité peut se poser cette question : Pourquoi travailler à définir un capital naturel, approfondir nos connaissances en matière d’évaluation des services écosystémiques et définir des systèmes de valeurs à travers le paiement pour services écosystémiques, développer les concepts de solutions fondées sur la nature, créer des valeurs, des standards et des normes pour nous permettre de mesurer, d’évaluer, de contrôler nos activités, nos impacts, nos investissements, notre production et notre consommation…? Quelle intention mettons-nous dans le développement de nos activités ? Nous avons décrété que nous avions besoin de développer de l’activité mais la Nature en a-t-elle besoin ? La coalition lance un mouvement pour aboutir à de futures négociations et pousse les Etats et les autres acteurs à se positionner sur cet enjeu, mais quels sont les garde-fous éthiques, sociaux, spirituels, scientifiques ?

Il existe une loi selon laquelle un être vivant change son comportement du simple fait d’être observé. Si la Nature se voit prise d’assaut par les humains, observée, bardée de capteurs et d’indicateurs… ne risque-t-on pas au lieu de sauver le monde vivant, d’arriver à l’éteindre ? Peut-on offrir une place à la patience et à l’inaction ? Nous en avons vu les bienfaits dernièrement… voir la carte des bienfaits de la pause écologique.

Sève Carrez, 13 janvier 2021.

Le One Planet Summit, comme si vous y étiez…

Forum d’investissement pour la Grande Muraille Verte

11 janvier 2021: 10h-12h

L’INNÉ a assisté au One Planet Summit ce lundi 11 janvier 2021 et vous partage son relevé de notes intégral prises pendant les échanges.

L’objectif est d’arriver à un investissement de 10 milliards d’euros dans le capital naturel cette année. La Grande Muraille Verte (GMV) est une initiative africaine portée par les Africains. Elle n’a pas seulement pour vocation de planter des arbres mais également de restaurer les terres dégradées, de faire la paix avec la Nature, de contribuer à la transformation écologique et économique du Sahel, de fournir des emplois, d’arriver à une meilleure sécurité alimentaire et de créer des opportunités d’affaire en faveur des communautés rurales et locales.

La GMV repose sur 5 piliers d’action :

  • l’investissement dans les petites et moyennes entreprises ;
  • l’engagement dans des activités de restauration des terres et écosystèmes ;
  • la création d’infrastructures résilientes au changement climatique et l’accès aux énergies renouvelables ;
  • la gouvernance efficace visant à une meilleure stabilité, sécurité alimentaire, accès à l’emploi ;
  • le renforcement de la capacité de déploiement des pratiques résilientes.

La crise sanitaire a créé des opportunités incroyable.

  • Yannick Glemarec : Directeur du Fonds Vert pour le Climat (FV) :

Le monde n’est pas sur la bonne voie pour atteindre les Accords de Paris. La pauvreté et les conflits sont à la hausse. La GMV est un projet visionnaire pour développer la finance verte. Le Fonds Vert travaille sur la lutte contre le désertification et travaille actuellement à l’élaboration d’un programme pour accélérer le projet.

925 millions de dollar seront versés à la GMV.

  • Gilbert Houngbo : Président du Fonds International du Développement Agricole (FIDA) :

Il y a un regain de mobilisation pour cette initiative visionnaire. En partenariat avec le Fonds Verts, le FIDA lancera un programme-cadre qui se situe dans les lignes des piliers de la Muraille Verte. La GMV va permettre de créer des opportunités nouvelles ; un renforcement des capacités techniques des acteurs locaux ; la création de 10 Millions d’emplois d’ici 2030. Ces avancées ne sont possibles que si dès aujourd’hui il y a une implication à l’échelle privée en tant qu’investisseurs mais aussi en tant que porteurs de savoirs-faire, d’innovations et de technologies.

Le FIDA va doubler ses investissements dans la GMV.

  • Nicole Schwab – Codirectrice de la plateforme du Forum économique mondial (FEM) :

Il faut passer à une économie ayant un impact positif sur l’environnement, il faut reconcevoir l’économie. Le dernier rapport estime qu’une telle transition permettrait de générer 10 000 Milliards de dollars. Le FEM soutient les objectifs de la GMV avec :

  • la mobilisation du secteur privé autour des chaînes de valeurs de l’agroforesterie ;
  • l’identification de projets et modèles innovant à travers une plateforme qui permet de faire des proposition (avec notamment le lancement d’un challenge concernant la GMV) ;
  • le soutien du mouvement des jeunes.
  • Abdoulaye Dia – Secrétaire général de l’Agence panafricaine de la grande muraille verte (APGMV) :

Il salue la large coalition d’acteurs pour ce projet. Il faut un changement de paradigme et une approche dans la gestion des financements. Pour cela il faudrait l’harmonisation et la coordination des interventions multilatérales, la responsabilisation pleine et entière des États ainsi qu’un renforcement des capacités techniques de structure et une prise en compte de la soutenabilité de la dette des États membres.

L’idée est de concéder plus de 60 % des financements sous forme de dons et le reste sous forme concessionnelle. Il est temps que l’espace nourri ne soit pas vain, de passer enfin de l’espoir aux réalités concrètes et tangibles.

  • Rémy Rioux – Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD) :

L’AFD a mobilisé 650 millions d’euros en faveur de projets contribuant aux objectifs de la GMV :

  • promotion de l’agro-écologie ;
  • projets de développement de territoires ruraux ;
  • promotion des énergies renouvelables ;
  • appui du pastoralisme ;
  • mise en avant des acteurs locaux.

L’AFD mobilisera 600 millions d’euros dans les 5 prochaines années pour ce projet.

Elle souhaite se mobiliser pour que les banques publiques de développement viennent investir dans la grande muraille verte et mobiliser le secteur privé (banques internationales, banques régionales, banques nationales notamment agricoles).

  • Werner Hoyer – Président de la Banque européenne d’investissement (BEI) :

Il faut investir dans beaucoup de domaines. La banque doit être alignée sur les Accords de Paris.

A partir d’aujourd’hui, la biodiversité a été ajoutée comme condition pour obtenir des obligations de la BEI. Il s’agit d’un exemple tangible de la manière dont la finance peut protéger le climat.

La cible est de mobiliser 1000 milliards d’euros dans les 10 années à venir pour soutenir les solutions technologiques nouvelles et compléter les sources de financement pour un impact positif sur l’environnement. La BEI soutient le projet de la GMV a hauteur d’1 milliard de dollars, l’idée étant :

  • d’établir des actions pour une adaptation au climat et à la biodiversité ainsi qu’une protection des écosystèmes ;
  • de permettre l’accès à l’eau potable dans cette zone ;
  • de permettre une énergie propre ;
  • de participer au projet du Burkina Faso pour éliminer l’impact du manque de pluviométrie ;
  • de créer un fonds pour aider les projets de ce type.

Ces projets ont pour vocation d’améliorer la stabilité à long terme dans le Sahel. La BEI soutient toute mesure pour une coopération plus forte avec les banques, institutions financières et États du G5.

  • Akinwumi Adesina – Président de la Banque africaine de développement (BAD) :

Il faut protéger l’environnement et la biodiversité. Ce mur protège notre existence collective. En le construisant, cela permettra une sécurisation du Sahel, une réduction des migrations et une amélioration des vies des populations. M. Adesina félicite l’initiative de la France et soutient ce projet.

La BAD va investir 20 millions de dollars pour aider à construire une station solaire (accès à l’énergie) pour la GMV.

La BAD mobilisera 6,5 milliards de dollars pour appuyer la GMV.

  • Qu Dongyu – Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) :

Il y a un besoin d’une plus grande collaboration entre les communautés nationales, locales et des secteurs privés. Il faut des politiques innovantes, de nouveaux buisness model et davantage de capital des banques vertes.

La FAO et la CNUCED ont alors développé un plan d’action systématique à l’échelle des Nations unies. 238 millions de dollars seront investis pour appuyer les 5 piliers de la GMV et 1,15 milliards de dollars pour appuyer les 11 pays de la GMV dans le domaine agricole. Il s’agit d’une opportunité historique pour faire face au changement climatique.

  • Brian Moynihan – Président du Conseil et Directeur général de la Banque d’Amérique ;  coprésident de l’initiative du Prince de Galles du marché durable :

La banque souhaite créer une taxe carbone sur les opérations des entreprises. La Banque d’Amérique souhaite réduire sa consommation énergétique. De plus en plus d’organisations s’engagent pour la neutralité carbone et le lien entre financements traditionnels et sources de financements nouvelles peuvent être regroupés et permettre de mettre à projet des projets pouvant avoir un impact positif.

  • Karim Ait Talb – Co-fondateur de « I am Africa » et Directeur général de Geocoton :

1 humain sur 4 vivra en Afrique à la fin du siècle. Il faut faire une révolution doublement verte. L’Afrique dispose de jeunes dynamiques. Il faut opérer un changement de paradigme urgent. L’Afrique n’a que trop vécu de crises. La Covid a rappelé les défis de développement que nous n’avons pas su rappeler. Cette crise doit être un déclencheur de consciences. Par exemple au Sahel, la majeure consommation de produits laitiers provient de poudres importées alors qu’il y aurait largement la capacité de produit sur place le lait avec le bétail local. L’agriculture est sous-estimée. I am Africa veut libérer le potentiel africain et s’engage à participer à la réalisation des objectifs 2030 de la GMV. Les entreprises privées sont prêtes à prendre leurs parts pour construire une nouvelle dynamique.

  • Philippe Zaouati – Directeur général de Mirova :

Premier bilan de la GMV :

  • de plus en plus de projets locaux et éthiques sont viables économiquement : identification de dizaines de projets de ce type ;
  • de plus en plus de privés s’intéressent à ce projet (investissements privés), la bataille culturelle semble gagnée ;
  • les grandes entreprises s’y intéressent avec notamment la contribution à hauteur de millions d’euros de l’Oréal.

Il est important de combiner l’argent public et privé mais il y a une insuffisance de coordination actuelle (parfois les exigences de rentabilité sont trop élevées pour le public, le privé doit se mettre à jour dans son intégrité notamment). Cela implique de construire un modèle sur la confiance et la rapidité d’exécution.

Mirova mobilisera un fonds autant que possible pour financer des projets contribuant à la GMV. Il est nécessaire d’incuber de nouveaux projets et c’est pourquoi Mirova annonce un projet d’incubation de 30 millions d’euros (déjà 8 millions ont été versés) et fait un appel à donateurs pour lancer ce fonds avant le congrès mondial de la Nature de Marseille 2021.

  • Question/réponse :

Question : Quelles actions sont à entreprendre au niveau national pour mettre en œuvre les 5 piliers de cette GMV ?

Réponse : Pour se préparer à la Cop 26, les pays doivent avoir des plans de transition énergétique, ainsi que la capacité de prévoir les changements météorologiques (renforcement des capacités des pays en voie de développement pour qu’aient des centre météorologiques équipés). La commission de l’Union Africaine doit renforcer ses capacités des différents bassins.

  • Mohameed Ould Cheick ould el Ghazouani – Président de la République islamique de Mauritanie :

La GMV est un instrument privilégié pour s’unir contre la désertification, contre la perte de la biodiversité et contre la dégradation des terres et du changement climatique. Elle permettra alors une meilleure sécurité alimentaire et énergétique, l’autonomisation des femmes et l’emploi des jeunes. Elle peut conduire au développement résiliant et durable.

La Mauritanie a procédé à la ratification de la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification et inscrit dans sa stratégie de développement l’objectif qui vise à protéger ses écosystèmes terrestres.

L’objectif est débloquer 10 milliards de dollars sur la période 2021-2025 pour concrétiser les engagements des partenaires financiers. La mobilisation de ces financements contribuera certainement à atteindre les objectifs de la GMV qui vise la restauration de 100 millions d’hectares de terres dégradées et la création d’emplois verts.

M. le Président propose la création d’un fonds de la biodiversité dans lequel les États verserons une partie de l’annulation des dettes. Il invite les entreprises nationales et internationales à travailler en synergie pour soutenir le développement durable du Sahel et favoriser le transfert des technologies et savoirs faire aux États du Sahel ainsi qu’au déploiement de filières agroécologiques.  

La Mauritanie a mené d’importantes réformes et notamment la promotion d’un partenariat public-privé et l’adaptation juridique aux standards internationaux et la mise à niveau des infrastructures pour l’accueil de la croissance.   

  • Emmanuel Macron – Président de la République française :

La France est engagée sur la sécurité de la région. Il faut donner un avenir aux populations en Afrique. Ce projet soulève un enjeu d’opportunité économique, de création d’emploi, d’alimentation des populations, de biodiversité et de lutte contre la désertification ainsi que de lutte contre le réchauffement climatique. Tous ces défis sont réconciliés dans la réponse que la GMV apporte. L’initiative a connu des hauts et des bas mais fait partie aujourd’hui des réponses à la région du Sahel et au continent africain. L’initiative d’aujourd’hui mobilise des financements publics et privés, elle met un coup d’arrêt au scepticisme. A l’échelle des 11 pays concernés, il faut accélérer le mouvement.

En réalisant les objectifs de l’initiative en 2030, il y aura une capacité de séquestre 200 millions de tonne de carbone et des millions d’emplois créés : il s’agit d’une contribution réelle et concrète du continent africain à lutte contre dérèglement climatique.

La Banque Mondiale a montré l’exemple en réalisant la moitié des objectifs. La France annonce une augmentation de 50 % de sa contribution au FIDA. 600 millions sont engagés par la France pour l’Afrique rurale. Il reste beaucoup à faire. Les États doivent avoir un agenda d’intensification et de simplification. Ce forum est une première étape. Ce qui est très important est de développer des solutions basées sur la Nature et d’autres sur la vitalité des écosystèmes des pays africains : 2 changements de paradigme très profonds.

L’agro-écologie renforce la nutrition des populations en respectant la biodiversité.

En mai se tiendra la conférence sur le financement de l’Afrique. Il faut être à la hauteur des engagements pris. Les États ont 9 ans pour réussir cette initiative. L’avenir des 11 pays et du continent africain sont en jeu. Il s’agit d’une formidable ambition.

Merci I.Woodall pour ce compte-rendu.

L’INNÉ à la COP25 !

L’Institut International pour la Négociation Écologique (INNÉ) a rassemblé hier, le 5 décembre 2019, cinq de ses membres lors de la COP25 sur les négociations climatiques !

Nos représentants du Maroc, du Liban, de la Tunisie et de la France se sont retrouvés les temps d’une photo… il s’agira pour nous de construire progressivement notre méthode de négociation écologique autour d’une approche qui rompt avec les techniques occidentales traditionnelles de prises de décision.

Axée sur la conscience de vivre sur une planète limitée, la négociation écologique s’opère dans une relation humain-nature qui respecte l’écoute des cycles du vivant. Quelles soient économiques, politiques, stratégiques, alimentaires ou sanitaires, nos décisions individuelles et locales ont un impact massif sur notre environnement. Se reconnecter à une dimension plus large et partager des méthodes reliant les humains aux principes du vivant est un challenge que l’INNÉ se donne pour mission de relever.

La mixité des cultures et des expériences de nos membres, accompagnée de l’influence de nos leaders et de leur sensibilité aux enjeux de la planète nous donne cette force et cette volonté de continuer à partager nos différences et à les mettre au service de l’universel. Que nos sages nous enseignent l’humilité, et que notre force nous permettre de montrer l’exemple de prises de décisions responsables, et en accord avec le rythme de la planète…

Colloque sur la Diplomatie Environnementale – 14 octobre 2019 – Université de Coimbra (Portugal)

Résumé : Les questions environnementales sont des sources de conflit grave entre les personnes, les communautés, les régions et les pays. La dispersion normative dans le système juridique de l’environnement entrave la mise en œuvre des objectifs de développement durable des Nations Unies. Cette réalité donne lieu à un champ d’action particulier et croissant, qui met en évidence un contexte sociétal et géopolitique difficile en matière de coopération et de collaboration.La nécessité de faire face au changement climatique, de protéger la biodiversité et de partager une utilisation durable, équitable et durable des ressources naturelles nécessite une gouvernance environnementale à différents niveaux – local, national, régional et international, impliquant tous les secteurs – des citoyens. gouvernements d’agents économiques à la société civile organisée du troisième secteur. C’est dans ce contexte qu’émerge la diplomatie environnementale dans une perspective de durabilité. La conception juridique de la diplomatie de l’environnement au sens large est confrontée à des défis en termes d’identification de son objet, de méthodologie, d’acteurs impliqués, d’instruments de mise en œuvre et de mécanismes de mesure.
A cette occasion, Séverine Borderon-Carrez, Présidente et co-fondatrice de l’Institut International pour la Négociation Ecologique (INNE) mettra en lumière les outils de renaissance écologique développés au sein de l’Institut.
Elle discutera des enjeux écologiques internationaux actuels, des limites des outils juridiques de diplomatie environnementale existants pour présenter le programme de travail 2019-2020 de l’Institut. Elle parlera de liens, d’Amour, de Paix et de dépassement de soi au service de l’Unité que forme l’humanité dans sa relation avec la Nature et la Planète. Il faudra le voir pour le croire, mais de nombreux outils sont d’ores-et-déjà en place pour résoudre bon nombres de conflits…
Le temps est à l’action. Seront également proposées de belles coopérations tant académiques qu’opérationnelles pour actionner la mise en place d’un certain nombre des activités de l’INNE auprès des différents pays représentés au Colloque à savoir principalement le Portugal, le Brésil et la France.

Les déterminants des facilités de la micofinance pour l’installation d’un système solaire domestique dans le Bangladesh rural, par Syed M.Rahman, 2019

Les déterminants des facilités de la micofinance pour l’installation d’un système solaire domestique dans le Bangladesh rural, TahsinaKhanaShamsun NaharKhanambMd HabiburRahmancSyed MahbuburRahmana, Energy Policy, Volume 132, September 2019, Pages 299-308

L’adaptation au changement climatique est l’une des préoccupations les plus importantes en matière de financement de l’aide fournie par les pays développés aux pays en développement. C’est un point crucial que nous étudions sous l’aspect négociation écologique. Dans cet article, Syed Mahbubur Rahman, membre du groupe de travail, analyse les indicateurs pouvant inciter les habitants des zones rurales à choisir un outil financier leur permettant d’acquérir un système de maisons solaires. Rappelez-vous que ce type de micro-analyse donne des indications importantes pour mieux comprendre comment gérer une action concrète sur l’adaptation au climat. Cela nous aidera donc à comprendre comment mieux intégrer les principes de la négociation écologique à une action aussi concrète. [Note de S.B.C]

Abstract

L’accès à l’électricité dans les zones rurales des régions en développement du monde n’a pas encore atteint un niveau minimum satisfaisant. Le Bangladesh n’est pas différent et la diffusion généralisée du système solaire domestique (SSD) est donc un moyen approprié d’assurer un meilleur accès à l’électricité dans les zones rurales reculées du pays. Une part substantielle des quatre millions de SSD installés au Bangladesh a bénéficié du microcrédit fourni par diverses institutions de microfinance. Cependant, il reste encore à déterminer ce qui détermine la préférence des utilisateurs pour le microcrédit lors de l’installation de SSD sur le toit. Cette recherche vise à analyser les déterminants de la microfinance lors de l’installation de SSD dans les zones rurales du Bangladesh. Cette recherche a eu recours à la régression logistique binaire pour analyser les facteurs qui influent sur la sélection de différents modes d’achat: paiement initial ou achat à l’installation. Il a identifié un ensemble de variables indépendantes sur la base de la littérature existante afin d’examiner leur influence sur le choix des ménages entre le paiement en espèces et l’achat à tempérament. La recherche a révélé que plus de 63% des ménages ruraux dans les zones d’étude utilisaient la SSD financée par le microcrédit. Le niveau d’éducation, l’emplacement, la taille de la famille et la profession ont une incidence sur le choix du mode d’achat. Une analyse de régression logistique a montré que l’âge, l’emplacement et la taille du SSD influent sur les probabilités de choisir un paiement initial ou un achat à l’installation.

Un ouvrage à ne pas manquer !

HOMMES-MILIEUX : Vers un croisement des savoirs pour une méthodologie de l’interdisciplinarité, Sous la direction de Adélie Pomade

La relation entre les hommes et leurs milieux questionne les sciences humaines et sociales et les sciences de la nature en des termes différents, à partir de méthodes et de données différentes, mais dans la perspective convergente d’une meilleure compréhension de leurs interactions. Dans ce cadre, comment les scientifiques peuvent-ils « travailler ensemble » ? Comment peuvent-ils rapprocher, croiser et traiter les enjeux multiples d’une même problématique au sein d’un questionnement collectif et intégré ? Cette interrogation conduit les disciplines souvent cloisonnées à s’ouvrir à des concepts et à des méthodes d’analyse qui jusqu’à présent leur étaient étrangers. Cette inflexion invite les chercheurs à une plus forte « empathie scientifique ». Il ne s’agit pas de parler à l’autre, de devenir l’autre ou de le comprendre, mais de se placer dans son champ cognitif. L’ouvrage met en lumière la manière dont les disciplines abordent et saisissent les problématiques afférentes aux relations développées entre les humains et leurs milieux, et questionne les enjeux méthodologiques inter- pluri- transco-ou multi-disciplinaires qui leur sont relatives.

Un principe universel

La négociation écologique est un principe universel selon lequel l’humanité doit apprendre à se développer de manière pérenne en prenant en compte les limites de la planète. Ces limites naturelles sont non négociables. La nature ne peut donc plus être considérée comme une chose négociable dont on dispose. La nature détruite est irremplaçable. La temporalité humaine et naturelle n’est pas équivalente.

Ce sont les activités humaines et la démographie que l’humanité doit apprendre à contrôler et à négocier dans les limites de la planète. Cette négociation ne peut plus être une négociation d’affaires. Elle doit être écologique. Elle doit découler du cœur de l’humanité. Elle doit mettre en oeuvre tout le potentiel humain pour mener à bien cet exercice d’équilibre. La négociation écologique implique une écoute profonde des besoins de l’humanité dans sa diversité, sa complexité, sa spécificité et sa globalité. Les humains doivent agir ensemble. Ils doivent battre au rythme du même cœur. Pour mettre en oeuvre la négociation écologique, il est nécessaire que nos décisionnaires (Etat, entreprises privées) apprennent à faire vibrer leur cœur au rythme de la planète. Cette démarche n’est pas économique mais universelle. Les cultures ancestrales nous enseignent une discipline perdue qu’il nous faut retrouver. Nos connaissances modernes nous offrent des outils inestimables pour tenter d’observer et d’orchestrer la diversité comme un tout. La négociation écologique impose une discipline d’abord personnelle, puis collective. Une écoute essentielle entre les acteurs, des opérateurs économiques et financiers jusqu’aux acteurs territoriaux coordonne et impulse cette pratique de la négociation. L’agencement des acteurs et le rôle de chacun doivent être clarifiés par l’expression des besoins vitaux de chacun et doivent trouver racine dans un territoire aux ressources limitées.  Les territoires font vivre nos familles. Ils nous nourrissent et nourrissent l’humanité. La Terre est notre Mère. C’est main dans la main, avec elle, que nous devons construire notre avenir. Certains territoires sont gorgés de vie et pourraient faire renaître notre humanité par l’écoute de ces besoins réciproques.

Pratiquer la négociation écologique, c’est accepter de vivre ensemble, de s’écouter, de partager, et de prendre sa juste place au bon moment dans un parfait équilibre avec le territoire et plus globalement, avec notre planète. Le respect de la nature – négociatrice silencieuse mais présente – est au cœur de cette discipline rare et pourtant pratiquée tous les jours dans le monde des affaires. Ce monde est encore déconnecté des terres sur lesquels il se met pourtant réellement en pratique.

La négociation écologique, c’est donc reconnecter les besoins de l’humanité et les pratiques commerciales et financières aux enjeux écologiques de premiers ordres tels que la protection de la biodiversité, l’alimentation saine, la santé environnementale, le changement climatique…

Nous connaissons les dégâts que nous causons aujourd’hui à la planète, par manque de régulation et de visibilité à long termes sur nos actions. Aujourd’hui, nous savons et nous pouvons corriger nos actions. Agissons différemment. De l’intérieur de ce que nous sommes, vers l’extérieur. Ainsi viendront progressivement la paix et l’équilibre dont nous avons besoin sur notre belle planète.